Le risque de l’IA en rédaction n’est pas qu’elle écrive mal. C’est qu’elle écrive comme tout le monde.
Ce que tu vas apprendre
Tu donnes une consigne, l'IA te rend un texte propre, structuré, sans faute. Et fade. Trois entreprises de ton secteur qui posent la même question obtiennent la même réponse, au mot près. Le problème n'est pas la qualité d'écriture : c'est l'absence de toi dedans.
C'est mécanique. Un LLM produit la suite la plus probable des mots. Sur un sujet donné, la suite la plus probable, c'est la moyenne de tout ce qui s'écrit sur ce sujet. Par défaut, l'IA écrit donc au centre de gravité du web. Ta voix de marque, elle, est par définition à côté de ce centre. Pour l'obtenir, tu dois la lui donner explicitement.
Les tics sont reconnaissables une fois que tu les vois. Les triplettes (« rapide, simple et efficace »). Les fausses oppositions (« ce n'est pas un outil, c'est un partenaire »). Les superlatifs vides (« une solution incontournable »). Les conclusions passe-partout (« l'avenir s'annonce passionnant »). Aucune de ces formules ne dit quoi que ce soit de précis. Elles remplissent l'espace avec du plausible.
Ton audience ne saurait pas forcément nommer ces tics, mais elle les sent. Un texte qui pourrait avoir été écrit par n'importe quelle marque ne crée aucun attachement à la tienne. La cohérence éditoriale, c'est justement ce qui rend tes contenus reconnaissables sans le logo.
La solution tient en un bloc de texte que tu écris une fois et que tu colles avant chaque demande de rédaction. Pas un prompt jetable : un actif réutilisable. Il contient quatre choses.
Qui parle : la marque, son secteur, sa personnalité en trois adjectifs concrets (« direct, concret, un peu frondeur », pas « innovant et premium »). À qui : ton audience, son niveau, ce qu'elle attend de toi. Comment : le tutoiement ou le vouvoiement, la longueur de phrase, les mots que tu bannis (« incontournable », « révolutionnaire »…). Et un exemple : deux ou trois phrases que tu as vraiment écrites et qui sonnent juste.
Ce dernier point fait le plus gros du travail. Un exemple réel vaut dix adjectifs : montre à l'IA un de tes anciens textes qui te plaît et demande-lui d'en adopter le style. Elle imite mieux qu'elle ne suit des consignes abstraites.
Même bien briefée, l'IA glisse des tics. Garde une relecture en deux passes. Première passe, le fond : les faits sont-ils vrais, l'angle est-il le tien ? Deuxième passe, la voix : tu surlignes chaque triplette, chaque superlatif vide, chaque transition molle (« par ailleurs », « en effet ») et tu réécris ou tu coupes. Cette deuxième passe prend trois minutes et c'est elle qui fait passer le texte de « correct » à « tien ».
Un repère utile : si une phrase pourrait apparaître telle quelle sur le site d'un concurrent, elle ne sert pas ta marque. Remplace-la par quelque chose que seul toi pouvais écrire.
Remplis le bloc ci-dessous avec ta vraie marque, puis demande à l'IA un court texte (un post, une intro de newsletter) en collant ce brief en tête. Refais la même demande sans le brief. Mets les deux résultats côte à côte.
La version briefée n'est pas parfaite, mais elle est à toi. Garde ce bloc : tu le réutiliseras dans tous les ateliers de ce module.
Termes du glossaire
Nielsen Norman Group. Recherches sur le style web et la lisibilité (plain language, ton de marque perçu).
Anthropic. « Use examples (multishot prompting) » (documentation officielle : montrer un exemple guide mieux le style qu'une consigne abstraite).